Conférence Histoire et Archeologie : Les Voies Romaines. Entrammes

Conférencier : Stéphane Hiland.

 

Ceci retrace la conférence de Monsieur Stéphane Hiland du 23 avril 2016 sur le thème des Voies Romaines en Mayenne.

Cette conférence a été donné dans le but d'approfondir le sujet de l'existence de voies romaines sur la Commune d'Entrammes et sur les recherches  archeologiques faites dans ce domaine.

Conférence de Stéphane HILAND

Samedi 23 avril 2016 16h30 médiathèque d’Entrammes

 

stéphane hiland

 

Combattre nos préjugés historiques

On imagine une voie romaine pavée et rectiligne, il y en a mais c’est loin d’être la majorité !

Les voies romaines peuvent être rectilignes et pavées comme celles proches de Rome, telle la via Appia mais ce n’était pas le cas dans tout l’Empire Romain, il existait des voies courbes, des voies en terre. On utilisait les matériaux que l’on pouvait extraire sur place. Par ailleurs, le tracé des voies romaines réutilisaient les voies gauloises existantes, le génie romain a surtout consisté à réaliser des voies utilisables toute l’année, éviter les zones inondables, couche de pierres pour drainage, fossés, voie bombée.

 

 

Tous les chemins mènent à Entrammes

Les voies qui convergeaient à Entrammes étaient vraisemblablement en terre et cailloutées. Le site de « La Carie » à Entrammes, fouillé en 2005, installé près d’un gué sur un affluent de la Mayenne la Jouanne, a livré une succession stratigraphique débutant vers le milieu de La Tène moyenne, prenant son ampleur au Haut-Empire et finissant par une petite nécropole mérovingienne. « Ces fouilles ont permis de rendre compte du cadre de vie des Aulerques Diablintes sur près de dix siècles… Un segment de voirie a été mis au jour sous la forme de deux fossés espacés de 12 m… La voie romaine, large de 7 m, appartient à l'axe Vindunum (Le Mans)-Condate (Rennes), elle reprend le tracé de la voie gauloise. » Gérard Guillier, INRAP grand ouest

Comme en atteste cette carte, dès l’époque gauloise la Mayenne et son affluent la Jouanne ont joué un rôle stratégique puisque qu’un oppidum, lieu de passage où l’on percevait les taxes, de commerce, d’urbanisation, était enclavé à la confluence de ces deux rivières. Les fouilles de la Carie révèlent que la voie romaine principale Le Mans Rennes empruntait une ancienne voie gauloise, au Haut Empire l’activité était florissante, la voie d’Entrammes était importante (12m), deux siècles plus tard, l’activité est moindre, les voies sont entretenues, réparées, modifiées (7m).

Entrammes carrefour routier, les découvertes archéologiques à Entrammes permettent d’affirmer qu’Interamnes fut un vicus étape pour se reposer, se détendre, changer de monture, voire se cultiver (auberges, campements, relais pour les chevaux, ateliers d’entretien et de réparation des véhicules de l’époque : carruca, essedum, carrus,…) et commercer avec la découverte des thermes en 1987 et des greniers à blé en 2008 au Clos des Primevères.

 

 

Voie et toponymie

L’étude des noms de nombreux lieux permet de suivre les tracés des anciens chemins. La structure, les caractéristiques des voies romaines a donné le nom a  des chemins, des villages. Via strata voie pavée, sablée non dallée on retrouve cela dans les divers estrées comme le village d’Etrelles. Chemin ferré voie  recouverte de scories de fer. Courbeveille : voie courbe. La Croixille : croisement de voies…

 

Les jalons sur un itinéraire

Les milliaires avaient plusieurs fonctions : la principale était d'indiquer aux voyageurs les distances. Par leur forme et leur hauteur, ils servaient aussi de repères visuels : à cet effet, ils étaient souvent placés sur des éminences, ou dans des endroits caractéristiques, quitte à tricher un peu avec la métrique officielle. Il est fort probable que les Romains et les Ligures romanisés de l'époque les aient utilisés aussi pour désigner les étapes : « le carrefour du milliaire VIII ou l'auberge du milliaire XX » comme on pouvait dire il n'y a pas si longtemps dans les zones peu peuplées des colonies françaises : "le café du km 80 ou le puits du km 200". Ces milliaires portaient parfois une inscription en l'honneur des empereurs qui avaient construit la voie - ou qui l'avaient faite réparer. Ces hommages gravés dans la pierre pour des années confortaient le culte impérial. Les voies principales étaient balisées par des milliaires, des bornes de pierre dressées tous les milles romains, d'où leur nom.

Les voies romaines étaient jalonnées de bornes milliaires ou de bornes leugaires. Les bornes milliaires tous les mille, les bornes leugaires étaient placées toutes les lieues. La lieue gauloise variait entre 2400 et 2500 selon les peuplades, avec la romanisation la lieue mesure dans tout l’empire 2222 m, et le mille romain 1481,50 m. D’où viennent ces unités ? Le mille romain correspondait à mille doubles pas réglementaires de légionnaire.  Un pied un peu moins de 30 cm, un pouce 1/12 de pied, une coudée 1,5 pieds, un pas 2,5 pieds,  un double pas 5 pieds, un mille romain 5000 pieds, une lieue romaine 7500 pieds, ainsi dans le système de mesure romain, vous avez le système anglais, et notre système à base 10.

 

 

Choisir son véhicule

Carruca, essedum, carrus, Le voyageur romain avait le choix de son propre véhicule de transport : le carrus dit camion poids lourd de l’époque tiré par des bœufs (utile au négociant en vin par exemple) ou l’essedum dit la voiture cabriolet de l’époque pour un seul voyageur. Enfin le carruca était l’équivalent du car de transport public. Le voyageur ne partait pas à l’inconnu non plus : il pouvait déterminer son parcours à partir de la carte de Peutinger (determinant les voies d’eau, les voies romaines et les lieux de repos) ainsi que le kilométrage par la table Antonin (table kilométrique que l’on trouve encore aujourd’hui dans le calendrier de la Poste). A l’époque romaine, un bon marcheur peut faire jusqu’à 25 km par jour. S’il est véhiculé jusqu’à 50 km par jour. L’as du transport et du voyage, le cavalier du carius publicus, la poste de Rome jusqu’à 120 km par jour, il changeait de monture tous les 20 km.

 

 

La recherche continue

Nos rivières étaient franchies à gué, dans nos régions nous ne trouvons pas de ponts romains en pierre comme dans le Sud de la France, les ponts que les Romains ont pu construire étaient en bois. A l’époque du Haut Empire, le gué sur la Mayenne le plus important était celui d’Entrammes, à Laval il y avait deux gués un à Pritz, l’autre au niveau du vieux château. Au Moyen-Âge, le gué d’Entrammes a perdu de son importance, au détriment de ceux de Laval. Les recherches continuent pour savoir celui qui, de Pritz ou du Vieux Château fut d’abord le plus important?       



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